1001 BD.com: Joker : Critique Sans Fard - 1001 BD.com

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Joker : Critique Sans Fard Noter : -----

#1 L'utilisateur est hors-ligne   Phileas 

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Posté 05 octobre 2019 - 13:16

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Veni. Vidi...
(Bon : je suis venu, j'ai vu, j'ai été convaincu Image IPB)

Je ne vais pas tourner autour du pot : comme sa BA le laissait déjà entrevoir (pour une fois qu'un trailer ne nous trompe pas !), Joker est une tuerie.
Du moins, personnellement, j'ai adoré. Admiré. Frissonné. Presque pleuré à certains moments. Ce qui ne m'étais plus arrivé depuis... longtemps.
En tant qu'oeuvre cinématographique proprement dites, le film de Todd Philips m'a semblé sans défaut majeur : réalisation, scénario, acting (oui, Joachim Phoenix livre une prestation magistrale, j'y reviendrai), musique... tout contribue à en faire un film mémorable, à fleur de peau. Une claque aussi, par son radicalisme sans concession, ses parti-pris osés, sa volonté de s'affranchir du Bat-Verse et, plus généralement, des films d'encapés qui ne sont, la plupart du temps, que des produits manufacturés par des robots, sans âme et sans propos de fond.
Joker balaie tout ça. Notamment parce qu'il ne s'inscrit pas dans la même catégorie. Ni le même "feeling".

En fait, Joker est un film d'un autre temps et pas seulement parce qu'il se situe au début des années 80 mais aussi et surtout parce qu'il ressemble terriblement au cinéma "engagé" de cette époque, avec une portée sociale (et contestataire) importante et le fait de se focaliser sur les petites gens, les laissés-pour-compte, les outsiders, les marginaux, les losers, les gens de la rue qui couvent leur dégoût et leur colère face un système qui a tout du compresseur à ordures.
Un cinéma qui filme "à hauteur de rue" des gens qui galèrent pour joindre les deux bouts, pendant que les nantis passent en voitures aux vitres fumées rejoindre le confort de leur manoir ou de leur penthouse. A ce sujet, d'ailleurs, si les parents Wayne ont toujours été présentés dans les Bat-films comme des philanthropes et des "gens biens", papa Wayne est ici présenté comme un sacré connard antipathique quand même, méprisant ouvertement les gens du peuple ! Bref... Joker donne une vision inédite - celle des laissés-pour-compte - que les films Batman ne faisaient pas (excepté la série Gotham mais ne nous dispersons pas). J'ajouterais d'ailleurs - mais c'est personnel alors que les fans de Batman rangent leur Bat-flingue - que l'une des raisons pour lesquels je n'ai jamais vraiment accroché au personnage de Batman vient du fait qu'il est un nanti et que, malgré toute sa bonne volonté et son désir de justice... ben... il reste quand même un milliardaire qui n'a jamais eu de mal à boucler ses fins de mois et qui a même un majordome qui lui sers son petit déj' au lit.
Alors oui, ses parents ont été tués, c'est terrible... mais ça arrive aussi aux pauvres que je sache, qui doivent faire... avec moins de confort.

On a beaucoup comparé Joker à Taxi Driver et à raison : le film de Todd Philips est éminemment "scorcesien" (du moins le Scorcese des 70's) : Arthur Fleck (Joaquim Phoenix) a beaucoup de points communs avec le chauffeur de taxi incarné par De Niro... mais aussi son personnage d'humoriste raté et pathétique dans La Valse des pantins (ironie : De Niro joue dans Joker le rôle du présentateur vedette incarné alors par Jerry Lewis).
Et c'est alors que - du moins pour ceux de ma génération - on se fait cette réflexion : "comment ce cinéma-là, un cinéma mature et signifiant, implanté dans la réalité sociale de son époque et empreint d'une verve contestataire et explosive, magnifié par des acteurs de la trempe des De Niro, Pacino (revoir Un après-midi de chien, par exemple), etc... (bon, j'en ai déjà parlé dernièrement, je ne vais pas me répéter) a t-il pu devenir, au début des années 2000, ce cinoche artificiel, aseptisé, infantile, creux, simpliste, bardé de technologie mais dénué d'âme, aux scénario plus qu'indigents et servis par des acteurs lisses et sans charisme MAIS, aussi, qui fait souvent abstraction de la réalité.
Parce que notre société actuelle va bien mieux que celle d'il y a 40 ans ?
(Eclats de rires dans la salle)
Pour mieux endormir les consciences, plus probablement.
Bien sûr, on me dira que je parle là de blockbusters (non ?) et non de films d'auteur et que, de fait, je compare ce qui ne peut être comparé, Joker ne boxant pas vraiment dans la même catégorie que Transformers ! Ok. Mais je dirais que primo, le cinéma le plus VISIBLE de notre époque est le cinoche des blockbusters et que, secundo, même les "films d'auteur" (les films-qui-sont-censé-dire-quelque-chose) sont rarement de totale réussite (Get Out, US, BlacKKKlansman).
Et ne jouissent pas, de toute façon, de l'audience incompréhensible d'étron filmique comme Venom.
Ce n'est pas tous les mois que sort un Parasite !
Ni un Joker.
Donc à la question que je me posais plus haut, la réponse pourrait être : le reflet d'une époque peut-être, justement. Et l'aboutissement d'une analyse du système que dénonçait déjà le cinéma des 70's (qui avait encore les couilles de le faire) dont Joker est le fils spirituel : "travaille, consomme et tais-toi".
Et, en la réactualisant un peu : "et fais-toi sodomiser à sec par Disney".

Ceci dit, il faut forcément dire quelques mots du traitement du Joker lui-même dans ce film et de sa filiation avec le Joker du Bat-Verse. Et ça sent déjà la polémique tant le Joker (alias Arthur) de Todd Philips est fort éloigné lui aussi du Joker des comics autant que celui des Batman de Burton et de Nolan (sans parler de celui des dessins animés).
Et c'est normal.
Joker est un drame psychologique "existentiel", psychanalytique, social, philosophique, avec une pincée de thriller, sur l'un des plus grands vilains de l'histoire des comics (le plus grand ?) qu'il utilise pour mieux le trahir.
Et en fait, je crois que c'est dû à la différence entre un film de la "culture pop" et un film mainstream qui se soucie peu de plaire aux fans de comics et aux geeks.
Parce que même dans le meilleur des cas (Killing Joke, The Dark Knight) et n'en déplaise aux fans de Batou, le Joker est toujours resté, au fond, un archétype de méchant assez générique - pittoresque mais générique - une Némésis à confronter au héros, et donc fatalement avec les limites propres à ce genre de statut. Tout bêtement parce que les oeuvres de la "pop culture", même quand elles se dotent d'ambitions sur le fond, ne peuvent pas s'affranchir d'un certain cahier des charges liés à l'industrie du divertissement.
A commencer par l'action et le spectaculaire.
Voilà qui, par exemple, peut expliquer la différence entre un (excellent, bien sûr) The Dark Knight de Christopher Nolan avec l'inoubliable Heath Ledger en Joker et Joker de Todd Philips avec un Joaquim Phoenix qui réussit bien l'exploit d'être aussi mémorable que son prédécesseur mais dans un registre fort différent, plus réaliste, la folie exubérante et dévastatrice du Joker-Ledger étant ici remplacée par la folie douloureuse et intimiste du Joker-Phoenix.
Le Joker des comics (tout comme celui de Heath Ledger) inspire la fascination ; celui du film de Tod Philips inspire davantage la compassion et la réflexion. L'inquiétude aussi, quand même, mais diluée par l'empathie qu'on ressent pour le personnage.

Image IPB


La "transformation" (sa renaissance en fait) d'Arthur Fleck en Joker psychopathe et meurtrier dans la dernière partie du métrage a quelque chose de jouissif, comme une revanche prise sur le système créé par et pour les nantis... comme les Wayne ! Et même si le Joker reste un monstre, il n'a JAMAIS été aussi sympathique, empathique et surtout humain que celui-ci.
De même le chaos engendré par le personnage n'est pas de la même nature que celui du Joker de The Dark Knight qui se voulait surtout "philosophique" (tendance anarcho-nihiliste) plutôt qu'une réaction au ras-le-bol social (et en passant à la fatalité génétique aussi...) comme c'est le cas pour ce Joker-ci. Pour le dire autrement, le Joker de The Dark Khnight était un peu comme un grand gosse s'amusant à tout casser pour le fun. Arthur Fleck, personnage plus réaliste, ne peut pas s'offrir le luxe de faire de Gotham sa cour de récréation.
Le réalisateur ne cache d'ailleurs pas ses sympathies, quitte à être taxé de "populiste", allant jusqu'à faire de Joker une figure emblématique d'un mouvement de contestation violent qui mènera des manifestants arborant des masques de clown à descendre dans la rue pour incendier des voitures et jouer la partition du "grand jour du dernier soir".
Et même si Joker se sent un peu à l'écart de toute cette explosion militantiste qu'il a initié bien malgré lui (lui, au fond, ne voulait que faire rire les gens pour rendre le monde un peu plus supportable), il y voit aussi le reflet de sa propre condition de marginal ayant subi toutes les brimades et toutes les humiliations possibles. Et d'un système qui nous demande malgré tout de sourire. "N'oublie pas ton sourire pour ce soir si tu sors : un jury t'attend, n'injurie pas le sort" (dixit Noir Désir)
De même qu'une manière de trouver cette reconnaissance du public à laquelle il aspire tant, même si... ce public est une bande de casseurs.

Pour terminer, il faut évidemment dire quelques mots de la prestation de Joaquim Phoenix, un acteur finalement assez peu familier du grand public (à part Gladiator, il n'a joué que dans des films plutôt confidentiels) qui est ici tout simplement magnifique. Tout le film repose sur ses (maigres) épaules, étant présent dans chaque scène, dans un rôle très complexe qui aurait pu vite sombrer dans le cabotinage, l'outrance, voir le ridicule mais l'acteur réussi - dans un registre d'ailleurs plus difficile que celui d'un Heath Ledger - de se tenir constamment sur un fil entre le pauvre type pitoyable que l'on ne peut s'empêcher de plaindre et le dangereux tueur que l'on craint forcément. Le visage de l'acteur, contracté par ce rire - et quel rire ! un rire de hyène ! - qui exprime toute sa souffrance d'individu psychotique et pourtant lucide en même temps, un visage qui remplit l'écran comme un paysage lunaire - creusé sans maquillage et lisse avec - qui restera forcément dans les mémoires.
Et même si, entre les deux et autour d'une dernière partie à l'odeur de cocktail-molotov, on assiste aussi à un Joker qui sait se montrer impressionnant de maîtrise et de charisme.
Autant de facettes...
Si le rire d'Arthur est une maladie, celui du Joker en sera l'antidote. Et si Arthur ne pouvait contrôler le sien, Joker lui en sera le maître, l'expression même de sa renaissance et de sa psychopathie criminelle libératrice.




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#2 L'utilisateur est hors-ligne   poseidon2 

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Posté 05 octobre 2019 - 13:30

Ah merdre... il est deja sortie ???

de toute facon Joachim Phoenis c'est forcement des prestations magistrales non ?

Sinon je n'ai pas lu la suite de ton message car celui la je VEUX le voir (enfin s'il reste encore 3 semaine au cinoche car je suis en allemagen et pour le coup en teuton j'apprecierais surement moins bien...)

#3 L'utilisateur est hors-ligne   Phileas 

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Posté 05 octobre 2019 - 13:45

En fait, il est déjà sorti... en Belgique (dès le 2 octobre). J'ai été le voir le 3.
En France, ce sera le 4 en avant-première, sinon le 9. Encore un peu de patience Image IPB

Joachim Phoenix est un grand acteur, oui, mais il reste assez peu connu car il a joué dans des films souvent intimistes (comme Two Lovers).
Je l'ai beaucoup aimé dans Walk the line (le biopic de Johnny Cash) et L'homme irrationnel (de Woody Allen)
Comme son Joker, c'est aussi un oustider.

Sinon, j'ai modifié un peu mon texte, mis trois photos pour égayer un peu et rendre le texte plus "dégagé" Image IPB et j'ai évité autant que possible les spoilers (car il y a pas ma de surprises dans le film...)

#4 L'utilisateur est hors-ligne   poseidon2 

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Posté 21 octobre 2019 - 16:50

Moi j'ai trouvé qu'il avait réussi a rendre le Commode de Gladiator fou a souhait la ou le role n'était pas facile... la derive qu'il donne a un personnage qui se voit dans un role et avec une importance qui n'est pas la sienne est assez magnifique.

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