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  1. Chroniques Iniques & Apocryphes

    13 octobre 2019 - 13:23

    Nouveau sujet que je propose et dont je donne le coup d'envoi aujourd'hui : rédiger de fausses chroniques de BD bien réelles dont la rédaction est...hum... légèrement en décalage par rapport au véritable contenu de l'album.
    Je précise qu'il peut s'agir d'une BD que j'ai lue... ou pas. Connue... ou pas.
    Car comme le dit si bien un adage bien connu : "qu'importe livresse si on a le flacon"
    PS : je dédie cette première chronique à Pos Image IPB

    Aujourd'hui, commençons avec un monument :


    Image IPB

    Corto Maltese
    Tome 3 : Sous le signe du Capricorne
    Scénario : Hugo Pratt
    Dessin : Hugo Pratt
    Edition : Casterman
    Genre : toujours un peu plus loin
    Date de parution : octobre 1971

    Synopsis : Les aventures picaresques de Corto Maltese, le célèbre marin hydrophobe (mais passablement alcoolisé), vaurien toujours en quête de fortune, de belles bagarres et de donzelles à (dé)trousser, dont l'ingestion d'épinards décuple la force physique et la roublardise, et son éternel acolyte Rastaquouère le Sage.

    On ressent toujours un plaisir coupable à suivre les manigances et autres fourberies de haut vol de cet hédoniste né de Corto Maltese, de même que l'on jubile devant le festival de baffes distribuées tout au long de ses périples pour peu qu'une boîte d'épinards soit à proximité.
    L'anti-héros irrévérencieux et politiquement (très) incorrect imaginé par le grand Hugo Pratt est devenu une icône qui, certes, ne brille pas par l'éclat de son auréole mais plutôt par sa truculence et sa verve inépuisable. Pour faire contre-poids à une nature aussi exubérante qui aurait pu lasser le lecteur à force d'outrances, l'auteur a heureusement eu l'idée de lui flanquer un sidekick dont le caractère et le comportement sont diamétralement opposés. Pondéré, diplomate, philosophe autodidacte converti au bouddhisme et allergique à toute forme de violence, le moine Rastaquouère n'en finit plus de tempérer les excès (et souvent les gaffes, disons-le tout net) de son remuant compagnon de (dé)route... avec un manque flagrant de réussite le plus souvent (les stratagèmes du pauvre moine pour cacher boîtes d'épinards et bouteilles de rhum est un running-gag classique et toujours efficace de la série).
    On ne s'en plaindra pas : cela nous vaut des aventures débridées, au rythme échevelé, qui laisse peut de temps au lecteur de penser (mais c'est justement le but) et dont on ressort aussi revigoré et le coeur léger que d'un album d'Astérix (et surtout d'Obélix).

    Difficile de s'attarder aussi sur les intrigues des albums, qui ne sont souvent que des prétextes plaqués sur un vague fil conducteur, l'essentiel (et le sel) de la série étant plutôt dans ses innombrables digressions, ses chemins de traverse et, bien souvent... ses sorties de route.
    Qu'importe d'ailleurs : on ne lit pas un Corto pour son intrigue, pas plus que pour la profondeur de son propos. Tout au plus, dans ce troisième tome, pourra-t-on évoquer une histoire fortement teintée d'ésotérisme (que notre cher Corto confond avec érotisme) et d'un imbroglio identitaire où Rastaquouère prend momentanément la place et les fonctions d'un étrange astrologue new-yorkais disparu au Brésil depuis sa rencontre avec un concept si difficile à appréhender qu'il n'est même plus capable de prononcer son propre nom.
    Bref, on l'aura compris : le scénario vire au grand n'importe quoi et il faudra bien quelques boîtes d'épinards et trois bonnes doses de paillardises à Corto pour débrouiller un tel écheveau hermétique.

    Que dire enfin du style graphique du grand Hugo, si ce n'est qu'il dessine toujours aussi bien les cathédrales et la misère, les bossus et la gitane éternellement vissée aux coins des lèvres de notre marin préféré. Sa science consommée du noir et blanc fait une fois de plus merveille (particulièrement le blanc) et sa capacité à rendre le mouvement lors des nombreuses scènes de castagne n'a rien à envier au mangaka de shônen le plus chevronné.
    Bref, lisez ou relisez Sous le signe du Capricorne, un album qui est comme un coup de bélier salutaire dans une production européenne actuelle bien trop souvent consensuelle et cérébrale.

    Ma Note: Image IPB
  2. Dreamfall Chapters : Découverte Tardive

    07 octobre 2019 - 16:13

    Image IPB

    Il est très rare que je me lance dans un "nouveau" jeu (sorti en 2014 sous forme épisodique, 2017 en boîtier) sans rien savoir du tout de son contenu, sans m'être renseigné un mimimim au préalable sur le Net. Normal : vu le prix des jeux vidéo à l'état neuf, il est judicieux de savoir dans quoi on met son argent.
    Dans le cas de Dreamfall Chapters, cependant, je me suis lancé à l'aveuglette pour deux raisons : le PS Store le proposait à 5 € (au lieu de 30) et les quelques visuels me plaisaient bien.
    De même que le petit pitsch qui parlait d'un jeu dont l'univers se situait à cheval entre deux mondes très différents, le premier (Stark) futuriste et le second (Arcadia) de fantasy.
    Pour seulement 5 pépettes... why not ?

    Je viens aujourd'hui de passer plusieurs heures dessus en ayant du mal à lâcher la manette.

    Image IPB
    Le monde futuriste de Stark, anno 2220

    Image IPB
    et celui d'Arcadia



    Dreamfall Chapters est un jeu essentiellement narratif (par ailleurs très riche en dialogues) qui, à l'instar d'un Detroit, mêle le jeu d'aventure 3D avec des mécanismes de point'n'click et des choix (surtout moraux) qui influent sur l'histoire. Niveau contexte et histoire, je me suis plongé dans l'inconnu et, à l'heure actuelle, alors que j'entame le second chapitre, je ne sais toujours absolument pas de quoi il retourne ni où le jeu va m'emmener, d'autant que son scénario semble assez complexe, créant apparemment des interattractions entre des mondes mais aussi des espèces de "mondes intermédiaires", notamment une maison où vit un couple et son bébé et située "en dehors du temps et de l'espace".
    On a d'autant moins de repères que cette déclinaison PS4 semble être la suite d'un (voir plusieurs) jeux antérieurs si on en croit les nombreuses références à des événements passés et personnages déjà croisés. Malgré tout, ça ne semble pas être vraiment un problème pour jouer à celui-ci, chaque personnage possédant sa bio et son background assez bien esquissé.

    Pour le moment, la partie située dans le monde futuriste de Stark - où l'on incarne une héroïne amnésique du nom de Zoé Castillo - paraît bien plus développée que celle du monde d'héroïc-fantasy - où l'on joue un ancien soldat (Kian Alvane) qui a fait partie d'un régime simili-nazi.
    Car, aussi différents soit-ils, ces deux mondes présentent tout deux un contexte politique clairement fasciste... avec, évidemment, une résistance qui s'organise.
    Rien de bien original de ce côté-là mais le jeu m'a très vite emporté dans son récit grâce à la qualité de son écriture, les nombreux mystères qui le parsème et un gameplay au classicisme agréable qui permet de prendre directement ses marques. Autre aspect positif : le jeu prend le temps (son rythme est d'ailleurs assez lent) pour bien décrire le quotidien de Zoé, comme ses aspirations professionnels, ses rapports avec son petit ami, ses entretiens chez le psy, ses relations, tout ça encore renforcé par un journal intime qui permet de partager ses pensées.
    Du coup, on est vraiment dans la peau et la tête de la jeune femme et ça participe bien sûr à l'immersion.
    J'ai aussi trouvé intéressant le fait que, dans les choix de réponses, chaque proposition est précédée d'un commentaire du protagoniste en voix-off qui permet de bien faire comprendre le choix que le joueur fera. En effet, sur la plupart des jeux de ce genre, les indications de choix sont souvent trop vagues, voir même parfois confuses, au point que le joueur voit son personnage sortir une réplique qui n'était pas celle attendue. D'où un malentendu pénible. Rien de tel ici puisque l'on a accès aux pensées du perso avant qu'il ne prenne la parole.
    De mémoire, c'est la première fois que j'ai affaire à un jeu qui utilise cette méthode.

    Petite anecdote : le jeu n'oublie pas la carte de l'humour, malgré son contexte assez sombre.
    Je pense notamment à une mission de Zoé avec un robot (baptisé "robot de merde" en raison de son incompétence) que l'on doit amener à remplir quatre tâches très simples dans la ville mais qui n'est pas fichu d'en faire une correctement, notamment en raison d'un comportement qui tient de la névrose et de la paranoïa. C'est bien simple : on dirait Woody Allen en version droïde.
    J'ai beaucoup apprécié cette partie, vraiment cocasse, et espère qu'il y en aura d'autres de ce genre par la suite.

    Voilà tout ce que je peux dire d'un jeu que je viens seulement de commencer, qui reste un jeu assez modeste dans son budget mais qui m'a séduit pour le moment par son écriture, les nombreuses questions qu'il pose, un doublage (en anglais) de qualité et un visuel plaisant (surtout la futuriste Stark) dans un style "semi-réaliste" varié.
    Et puis... le tout pour 5 euros.
    Petit jeu, petit prix et au final une plus grande satisfaction que sur certains gros triple A ennuyeux.

    Image IPB
    Sans être une tuerie graphique, le jeu propose quelques jolis designs
  3. Joker : Critique Sans Fard

    05 octobre 2019 - 13:16

    Image IPB

    Veni. Vidi...
    (Bon : je suis venu, j'ai vu, j'ai été convaincu Image IPB)

    Je ne vais pas tourner autour du pot : comme sa BA le laissait déjà entrevoir (pour une fois qu'un trailer ne nous trompe pas !), Joker est une tuerie.
    Du moins, personnellement, j'ai adoré. Admiré. Frissonné. Presque pleuré à certains moments. Ce qui ne m'étais plus arrivé depuis... longtemps.
    En tant qu'oeuvre cinématographique proprement dites, le film de Todd Philips m'a semblé sans défaut majeur : réalisation, scénario, acting (oui, Joachim Phoenix livre une prestation magistrale, j'y reviendrai), musique... tout contribue à en faire un film mémorable, à fleur de peau. Une claque aussi, par son radicalisme sans concession, ses parti-pris osés, sa volonté de s'affranchir du Bat-Verse et, plus généralement, des films d'encapés qui ne sont, la plupart du temps, que des produits manufacturés par des robots, sans âme et sans propos de fond.
    Joker balaie tout ça. Notamment parce qu'il ne s'inscrit pas dans la même catégorie. Ni le même "feeling".

    En fait, Joker est un film d'un autre temps et pas seulement parce qu'il se situe au début des années 80 mais aussi et surtout parce qu'il ressemble terriblement au cinéma "engagé" de cette époque, avec une portée sociale (et contestataire) importante et le fait de se focaliser sur les petites gens, les laissés-pour-compte, les outsiders, les marginaux, les losers, les gens de la rue qui couvent leur dégoût et leur colère face un système qui a tout du compresseur à ordures.
    Un cinéma qui filme "à hauteur de rue" des gens qui galèrent pour joindre les deux bouts, pendant que les nantis passent en voitures aux vitres fumées rejoindre le confort de leur manoir ou de leur penthouse. A ce sujet, d'ailleurs, si les parents Wayne ont toujours été présentés dans les Bat-films comme des philanthropes et des "gens biens", papa Wayne est ici présenté comme un sacré connard antipathique quand même, méprisant ouvertement les gens du peuple ! Bref... Joker donne une vision inédite - celle des laissés-pour-compte - que les films Batman ne faisaient pas (excepté la série Gotham mais ne nous dispersons pas). J'ajouterais d'ailleurs - mais c'est personnel alors que les fans de Batman rangent leur Bat-flingue - que l'une des raisons pour lesquels je n'ai jamais vraiment accroché au personnage de Batman vient du fait qu'il est un nanti et que, malgré toute sa bonne volonté et son désir de justice... ben... il reste quand même un milliardaire qui n'a jamais eu de mal à boucler ses fins de mois et qui a même un majordome qui lui sers son petit déj' au lit.
    Alors oui, ses parents ont été tués, c'est terrible... mais ça arrive aussi aux pauvres que je sache, qui doivent faire... avec moins de confort.

    On a beaucoup comparé Joker à Taxi Driver et à raison : le film de Todd Philips est éminemment "scorcesien" (du moins le Scorcese des 70's) : Arthur Fleck (Joaquim Phoenix) a beaucoup de points communs avec le chauffeur de taxi incarné par De Niro... mais aussi son personnage d'humoriste raté et pathétique dans La Valse des pantins (ironie : De Niro joue dans Joker le rôle du présentateur vedette incarné alors par Jerry Lewis).
    Et c'est alors que - du moins pour ceux de ma génération - on se fait cette réflexion : "comment ce cinéma-là, un cinéma mature et signifiant, implanté dans la réalité sociale de son époque et empreint d'une verve contestataire et explosive, magnifié par des acteurs de la trempe des De Niro, Pacino (revoir Un après-midi de chien, par exemple), etc... (bon, j'en ai déjà parlé dernièrement, je ne vais pas me répéter) a t-il pu devenir, au début des années 2000, ce cinoche artificiel, aseptisé, infantile, creux, simpliste, bardé de technologie mais dénué d'âme, aux scénario plus qu'indigents et servis par des acteurs lisses et sans charisme MAIS, aussi, qui fait souvent abstraction de la réalité.
    Parce que notre société actuelle va bien mieux que celle d'il y a 40 ans ?
    (Eclats de rires dans la salle)
    Pour mieux endormir les consciences, plus probablement.
    Bien sûr, on me dira que je parle là de blockbusters (non ?) et non de films d'auteur et que, de fait, je compare ce qui ne peut être comparé, Joker ne boxant pas vraiment dans la même catégorie que Transformers ! Ok. Mais je dirais que primo, le cinéma le plus VISIBLE de notre époque est le cinoche des blockbusters et que, secundo, même les "films d'auteur" (les films-qui-sont-censé-dire-quelque-chose) sont rarement de totale réussite (Get Out, US, BlacKKKlansman).
    Et ne jouissent pas, de toute façon, de l'audience incompréhensible d'étron filmique comme Venom.
    Ce n'est pas tous les mois que sort un Parasite !
    Ni un Joker.
    Donc à la question que je me posais plus haut, la réponse pourrait être : le reflet d'une époque peut-être, justement. Et l'aboutissement d'une analyse du système que dénonçait déjà le cinéma des 70's (qui avait encore les couilles de le faire) dont Joker est le fils spirituel : "travaille, consomme et tais-toi".
    Et, en la réactualisant un peu : "et fais-toi sodomiser à sec par Disney".

    Ceci dit, il faut forcément dire quelques mots du traitement du Joker lui-même dans ce film et de sa filiation avec le Joker du Bat-Verse. Et ça sent déjà la polémique tant le Joker (alias Arthur) de Todd Philips est fort éloigné lui aussi du Joker des comics autant que celui des Batman de Burton et de Nolan (sans parler de celui des dessins animés).
    Et c'est normal.
    Joker est un drame psychologique "existentiel", psychanalytique, social, philosophique, avec une pincée de thriller, sur l'un des plus grands vilains de l'histoire des comics (le plus grand ?) qu'il utilise pour mieux le trahir.
    Et en fait, je crois que c'est dû à la différence entre un film de la "culture pop" et un film mainstream qui se soucie peu de plaire aux fans de comics et aux geeks.
    Parce que même dans le meilleur des cas (Killing Joke, The Dark Knight) et n'en déplaise aux fans de Batou, le Joker est toujours resté, au fond, un archétype de méchant assez générique - pittoresque mais générique - une Némésis à confronter au héros, et donc fatalement avec les limites propres à ce genre de statut. Tout bêtement parce que les oeuvres de la "pop culture", même quand elles se dotent d'ambitions sur le fond, ne peuvent pas s'affranchir d'un certain cahier des charges liés à l'industrie du divertissement.
    A commencer par l'action et le spectaculaire.
    Voilà qui, par exemple, peut expliquer la différence entre un (excellent, bien sûr) The Dark Knight de Christopher Nolan avec l'inoubliable Heath Ledger en Joker et Joker de Todd Philips avec un Joaquim Phoenix qui réussit bien l'exploit d'être aussi mémorable que son prédécesseur mais dans un registre fort différent, plus réaliste, la folie exubérante et dévastatrice du Joker-Ledger étant ici remplacée par la folie douloureuse et intimiste du Joker-Phoenix.
    Le Joker des comics (tout comme celui de Heath Ledger) inspire la fascination ; celui du film de Tod Philips inspire davantage la compassion et la réflexion. L'inquiétude aussi, quand même, mais diluée par l'empathie qu'on ressent pour le personnage.

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    La "transformation" (sa renaissance en fait) d'Arthur Fleck en Joker psychopathe et meurtrier dans la dernière partie du métrage a quelque chose de jouissif, comme une revanche prise sur le système créé par et pour les nantis... comme les Wayne ! Et même si le Joker reste un monstre, il n'a JAMAIS été aussi sympathique, empathique et surtout humain que celui-ci.
    De même le chaos engendré par le personnage n'est pas de la même nature que celui du Joker de The Dark Knight qui se voulait surtout "philosophique" (tendance anarcho-nihiliste) plutôt qu'une réaction au ras-le-bol social (et en passant à la fatalité génétique aussi...) comme c'est le cas pour ce Joker-ci. Pour le dire autrement, le Joker de The Dark Khnight était un peu comme un grand gosse s'amusant à tout casser pour le fun. Arthur Fleck, personnage plus réaliste, ne peut pas s'offrir le luxe de faire de Gotham sa cour de récréation.
    Le réalisateur ne cache d'ailleurs pas ses sympathies, quitte à être taxé de "populiste", allant jusqu'à faire de Joker une figure emblématique d'un mouvement de contestation violent qui mènera des manifestants arborant des masques de clown à descendre dans la rue pour incendier des voitures et jouer la partition du "grand jour du dernier soir".
    Et même si Joker se sent un peu à l'écart de toute cette explosion militantiste qu'il a initié bien malgré lui (lui, au fond, ne voulait que faire rire les gens pour rendre le monde un peu plus supportable), il y voit aussi le reflet de sa propre condition de marginal ayant subi toutes les brimades et toutes les humiliations possibles. Et d'un système qui nous demande malgré tout de sourire. "N'oublie pas ton sourire pour ce soir si tu sors : un jury t'attend, n'injurie pas le sort" (dixit Noir Désir)
    De même qu'une manière de trouver cette reconnaissance du public à laquelle il aspire tant, même si... ce public est une bande de casseurs.

    Pour terminer, il faut évidemment dire quelques mots de la prestation de Joaquim Phoenix, un acteur finalement assez peu familier du grand public (à part Gladiator, il n'a joué que dans des films plutôt confidentiels) qui est ici tout simplement magnifique. Tout le film repose sur ses (maigres) épaules, étant présent dans chaque scène, dans un rôle très complexe qui aurait pu vite sombrer dans le cabotinage, l'outrance, voir le ridicule mais l'acteur réussi - dans un registre d'ailleurs plus difficile que celui d'un Heath Ledger - de se tenir constamment sur un fil entre le pauvre type pitoyable que l'on ne peut s'empêcher de plaindre et le dangereux tueur que l'on craint forcément. Le visage de l'acteur, contracté par ce rire - et quel rire ! un rire de hyène ! - qui exprime toute sa souffrance d'individu psychotique et pourtant lucide en même temps, un visage qui remplit l'écran comme un paysage lunaire - creusé sans maquillage et lisse avec - qui restera forcément dans les mémoires.
    Et même si, entre les deux et autour d'une dernière partie à l'odeur de cocktail-molotov, on assiste aussi à un Joker qui sait se montrer impressionnant de maîtrise et de charisme.
    Autant de facettes...
    Si le rire d'Arthur est une maladie, celui du Joker en sera l'antidote. Et si Arthur ne pouvait contrôler le sien, Joker lui en sera le maître, l'expression même de sa renaissance et de sa psychopathie criminelle libératrice.




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  4. Capricorne : Intégrale Tome 3

    27 septembre 2019 - 18:20


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    Capricorne
    Intégrale (noir et blanc) Tome 3

    Scénario : Andreas
    Dessin : Andreas
    Edition : Le Lombard
    Genre : chemins de traverse
    Date de parution : septembre 2019

    Synopsis : Après la chute du Concept, Capricorne se retrouve dans un monde privé de ses ressources et donc de moyens de locomotion. Le retour vers New-York promet d'être long, difficile, et l'occasion pour l'astrologue de faire de biens étranges rencontres dans la France rurale autant que d'être toujours hanté par son passé et son destin énigmatique.

    S'il était encore nécessaire de démontrer qu'Andreas se moque des impératifs commerciaux autant que d'exploiter un filon, les cinq tomes du troisième cycle qui constituent cette intégrale le confirment, à l'instar des directions scénaristiques prises dans Arq.
    Après un précédent cycle - appelée communément "cycle du Concept" riche en péripéties, manifestations occultes et scènes d'action, Andreas - prenant comme à son habitude le lecteur à contre-pied - décide de faire une pause en plein élan. Entendons par là qu'il n'arrête pas la série mais qu'il s'offre le luxe de balader son héros Capricorne dans des tomes nettement plus posés, intimistes et pour tout dire déroutants. Je me souviens encore de ma première lecture du tome 10, Les Chinois, avec cette histoire de famille campagnarde et ses secrets enfouis.
    Puis, un an après, Patrick, tome encore plus lent et introspectif avec un Capicorne alité conversant avec un vieux veuf rongé par la culpabilité. Un an plus tard, c'était une tome sans titre (!), à la couverture entièrement blanche (!!), et dépourvu du moindre texte.
    Et toujours pas de retour à New-York à l'horizon, toujours pas de renouement - du moins apparent - avec la mythologie de la série et ses personnages non moins importants que sont Ash Grey, Astor, Dominic, les sectes et organisations diverses qui forment depuis le début la trame de Capricorne.
    Et les questions légitimes du lecteur de "l'après Concept" demeurant sans réponses ni véritable développements. Mais que fabrique Andreas ? Où nous conduit-il ?

    Bref, Andreas ose jouer (dangereusement) avec la patience du lecteur qui pensait, bien à tort, que l'auteur allait directement embrayer vers de nouvelles aventures new-yorkaises hautes en couleurs. Hé bien, non : l'auteur s'autorise l'impensable en proposant, dans une série en cours au long cours, plusieurs albums expérimentaux et proches du one-shot !
    Le suivant, Rêve en cage, renoue enfin avec des éléments et personnages centraux de la "saga surnaturelle", passés, présents et futurs (Dahmaloch, l'homme aux mains tatouées, Astor, Grey, Fay O'Mara, Mordor Gott, les cavaliers de l'apocalypse...) mais, comme son titre l'indique, il ne s'agit que d'un... rêve. Un album, par ailleurs, encore expérimental dans sa forme et son découpage en cases carrées (renvoyant à l'idée de la cage).
    Ce n'est finalement qu'avec le dernier tome de ce troisième cycle "intermédiaire, L'opération, que l'on entrevoit l'arrivée - doucement mais sûrement - de nouveaux développements (particulièrement l'irruption d'un nouvel antagoniste pour Capricorne, un mystérieux scientifique dénué de tout scrupule appelé "Le Passager") dans un New-York qui se profile (enfin) à nouveau à l'horizon. Enfin... si du moins New-York existe encore.

    Celui qui entamera cette troisième intégrale aura au moins l'avantage de pouvoir lire en une fois cette étrange "interlude" que rien ne laissait présager alors que le lecteur de l'époque - comme votre serviteur qui patienta 5 ans ! - n'en finissait plus de se demander si la série ne partait pas en cacahuètes. Que l'on fasse partie des uns ou des autres, on peut toutefois être rassuré : Andreas n'a rien oublié, rien laisser tomber, rien abandonné ni mis de côté (on notera d'ailleurs que, dans les tomes de ce cycle, quelques planches sont toujours consacrées à Ash et Astor, qui n'ont donc pas disparus).
    Il s'est simplement offert - quitte à perdre son lectorat en cours de route - une parenthèse, probablement toujours avec ce souci constant chez lui de ne pas se répéter, de ne pas exploiter une recette bien huilée mais de continuer à surprendre, à faire preuve de créativité et d'explorer encore et toujours les moyens d'expression de la BD.
    C'est aussi, au passage, l'occasion de découvrir un autre Andreas, aussi bien capable de raconter des histoires intimistes et pleine d'humanité (particulièrement dans Patrick) que de jouer avec le fantastique et l'ésotérisme au rythme d'un roman-feuilleton essentiellement divertissant. De quoi faire taire aussi certains de ses détracteurs lui reprochant la trop grande cérébralité de son oeuvre au détriment des émotions. Andreas n'a pas qu'un cerveau, il a aussi un coeur et il sait le prouver à l'occasion.
    On appelle cela un auteur complet.
    Au final, cette troisième intégrale risque bien de décontenancer encore davantage que les précédentes.
    Mais vous savez quoi ? Attendez un peu la sortie de la quatrième (et dernière) intégrale avant de vous gratter les cheveux : vous n'avez encore rien lu/vu :)

    Ma Note: Image IPB
  5. Les Indes Fourbes

    16 septembre 2019 - 12:20


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    Les Indes Fourbes

    Scénario : Alain Ayroles
    Dessin : Juanjo Guarnido
    Couleurs : Juanjo Guarnido, Jean Bastide et Hermine Janicot-Tixier
    Edition : Delcourt
    Collection Hors Collection
    Genre : picaresque en cinémascope
    Date de parution : 28/08/2019

    Synopsis : De l'ancien au Nouveau Monde, la fabuleuse épopée d'un vaurien en quête de fortune…

    Comment faire de la vraie littérature en bande dessinée sans passer obligatoirement par le "roman graphique" de 300 pages avec un dessin minimaliste comme c'est souvent le cas ?
    Ayroles et Guarnido ont réussi cet exploit avec ce qui est sûrement le premier poids lourd de la rentrée BD. Comme on pouvait s'y attendre de la collaboration entre un prosateur usant d'une verve et d'une aisance qui n'est plus à démontrer depuis De Cape et de Crocs et de l'un des dessinateurs les plus célébrés de la BD contemporaine, Les Indes Fourbes est une fresque grandiose et imposante (déjà par son format 25X34 cm et ses 160 pages) qui tire son inspiration du roman picaresque, ce genre littéraire né en Espagne au XVIiè siècle qui a notamment donné le chef-d'oeuvre de Jean Potocki Manuscrit trouvé à Saragosse. Foisonnant et dynamique, truculent et aventureux, gorgé de situations extravagantes et de personnages - généralement de basse extraction et passablement roublards - hauts en couleur, ce genre tombé en désuétude flamboie de tous ses feux sous la plume non mouchetée d'Ayroles et la technique sans faille d'un Guarnido qui abandonne ici ses habituels animaux anthropomorphisés de Blacksad pour dessiner de vraies "gueules" humaines bien expressives.

    On le sait : j'apprécie peu Blacksad et j'ai toujours considéré que les scénarios de Canalez, très "carrés" et peu susceptibles de fantaisie, ne rendaient pas vraiment justice à un dessinateur brillant mais trop cantonné dans les codes rigides du polar "hard-boiled".
    C'est donc avec enthousiasme que je le vois ici se lâcher enfin en proposant un travail plus expressif, énergique et des environnements très variés - fort éloignés des décors urbains de Blacksad - où l'on passe de paysages naturels grandioses sud-américains aux intérieurs plus mondains, de tavernes interlopes à des champs de batailles fourmillant de détails.
    Bref, le résultat graphique est le reflet parfait d'un scénario fouillé, plus morcelé que linéaire avec ses nombreux flash-backs, et ménageant de nombreux rebondissements et retournements de situations. Picaresque vous dis-je... quel autre terme employer ?

    Fabuleux coquin né avec un poil dans la main mais de la ressource à revendre en matière de coups tordus et pendables autant qu'un sens inné pour se sortir de toutes les situations les plus épineuses, à l'aise dans toutes les couches de la société pour peu qu'il y trouve son profit, le personnage central, Pablos de Ségovie attire vite la sympathie par sa délicieuse immoralité et sa débrouillardise ainsi que - n'oublions pas que nous sommes dans un scénario d'Ayroles ! - une bonne dose d'éloquence et de maniement des mots dans le genre "ni vu ni connu j't'embrouille". Il rejoint ainsi la galerie des Sganarelle, Scapin, Jacques le Fataliste et autres figures bien connues de la littérature.
    On pourra peut-être regretter l'absence de poésie que l'on pouvait trouver dans De Cape et de Crocs mais n'oublions pas que, si les histoires non moins mouvementées de Don Lope et Armand de Maupertuis (et Eusèbe) mettaient en valeur les vertus chevaleresques de courage et d'intégrité, Les Indes Fourbes - titre qui dit déjà tout - célèbrent les vertus (ou vices, comme on voudra) exactement inverses. La noblesse de coeur n'a pas sa place dans un monde où la survie se gagne à l'amplitude de la rouerie.
    De même, l'album épouse aussi les limites de son genre, où les péripéties s'accumulant et la gouaille omniprésente empêche sans doute une réelle profondeur.
    Mais nous ne sommes pas dans un drame psychologique et l'album est à l'image de son remuant (anti)héros qui n'est pas du genre à s'appesantir ou à jouer au penseur de Rodin.

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