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  1. La Geste Des Chevaliers Dragons T.29

    02 décembre 2019 - 16:48

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    La Geste des Chevaliers Dragons
    Tome 29 : Les Soeurs de la Vengeance

    Scénario : Ange
    Dessin : Looky, De cock, Ruizgé, Paty, Savarese, Reis, Vax
    Edition : Soleil
    Date de parution :
    Genre : héroïc-fantasy qui a du souffle

    Synopsis : Agnessa n'est qu'une gamine quand elle est arrachée à son Ordre des Chevaliers Dragon et envoyée au Fort pour devenir Soeur de la Vengeance. Son destin est alors tout tracé : elle va dormir près du dragon pour se charger de son énergie. Des années plus tard elle devra se sacrifier pour décharger son feu et occire la Bête. Mais Agnessa ne veut pas dormir, et mourir. Elle veut se réveiller, et vivre...

    Dans la liste des longues séries qui s'essoufflent, La Geste des Chevaliers Dragons... n'en fait décidément pas partie. Nous voici au tome 29 (!) et, contre toute attente, le scénariste bicéphale Ange arrive encore à pondre un scénario qui, tout en restant dans la lignée des autres, parvient pourtant encore à se renouveler et proposer une histoire encore intéressante dotée, de surcroît, d'un twist excellent.
    Je ne sais pas vous mais moi, j'appelle ça un record de résilience quand même !
    Cette fois, il est question des "fameuses" (et surtout très mystérieuses) Soeurs de la Vengeance, cette caste très particulière au sein de l'ordre que l'on avait pu apercevoir dèjà dans... le tome 3 mais sur lesquelles on ne savait quasiment rien à part leur fonction : celle d'être le dernier recours lorsque les Chevaliers Dragons échouent à tuer la Bête et que celle-ci, devenue trop puissante, ne peut plus être stoppée que par ces Soeurs, sorte de bombe atomique vivante dont la puissance magique permet non seulement de détruite le dragon mais aussi toute forme de vie à des kilomètres à la ronde (elles comprises bien sûr).
    Selon l'expression consacrée : à n'utiliser qu'avec parcimonie donc.

    Ange choisi d'aborder son histoire sous l'angle d'une adolescente de 14 ans, Agnessa, exceptionnellement (trop) jeune pour rejoindre cette confrérie marginale en raison de ses facultés très prometteuses. On suit alors son intronisation puis la condition étrange et contraignante de ces Soeurs (baptisées par les Chevaliers Dargons les "caverneuses") dont la principale occupation est de... dormir (dans une sorte de stase durant plusieurs années) pour s'imprégner du pouvoir d'un dragon situé sous-terre. Ce qui nous vaut un premier aspect du scénario intéressant : le décalage temporel qui se crée fatalement entre ces femmes en hibernation et les "vraies" Chevaliers Dragons qui vaquent à leurs occupations. Ce décalage suscite surtout, lors de leurs réveils successifs, une rupture sociale et affective toujours plus brutale face à des Chevaliers qui, au fil du temps, peinent encore à se souvenir de leur existence, quand elles ne se font pas tout simplement tuer lors de leurs missions. Second aspect intéressant qui sera cette fois au coeur de l'intrigue (ce mot est d'ailleurs à prendre dans son double sens ^^) : Agnessa et ses soeurs ont mal "choisi" leur moment pour s'acquitter de leur sacerdoce dans une période de la saga - juste après la Guerre des Sardes - bien trouble et bouleversée, où l'Empire s'est scindé, où les enjeux politiques sont devenus différents et où, surtout, la tentation de rébellion et d'autonomie gagne de plus en plus les différents ordres de Chevaliers Dragons.
    Une ère nouvelle est en marche et elle n'est pas pour plaire aux plus hautes autorités de l'Ordre. C'est ainsi qu'Agnessa va devenir, bien malgré elle, l'instrument d'un plan machiavélique pour mettre fin à ces velléités de liberté risquant, bien entendu, d'affaiblir fortement le pouvoir de l'Ordre.

    Outre la véritable nature des Soeurs de la Vengeance et le destin d'Agnessa, on retrouve donc dans cet album certains ingrédients propres à la série : la primauté du devoir et du sacrifice, des manigances politiques, les dissensions entre factions et une vérité à géométrie variable selon la version donnée par les divers intervenants.
    Cela pourrait paraître redondant au bout de presque 30 albums mais Ange parvient toujours à rendre l'ensemble à la fois cohérent, prenant et riche en émotion dramatique.
    Graphiquement, l'album réussit aussi un tour de force : en effet, pas moins de 7 dessinateurs participent à cette histoire, ce qui pourrait laisser craindre une hétérogénéité pénible à la lecture (comme ce fut le cas avec le tome "La Faucheuse"). Ce n'est pourtant pas le cas ici et j'ai même rarement lu une BD où la transition entre dessinateurs se fait de manière aussi peu sensible, d'où une bonne cohésion graphique qui fait plaisir.
    Ce tome 29 compte pour moi parmi les meilleurs de la série et l'un de mes préférés.

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  2. Astérix Et Obélix T.38 : La Fille De Vercingétorix

    31 octobre 2019 - 16:06

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    Astérix
    T. 38 : La fille de Vercingétorix

    Scénario : Jean-Yves Ferri
    Dessin : Didier Conrad
    Edition : Albert René
    Genre : exploitation commerciale
    Date de parution : octobre 2019

    Une fois n'est pas coutume, je ne vais être très Prolix (ah ah !) car l'album ne le mérite pas, que je ne vois pas trop quoi dire si ce n'est que ce 38iè tome d'Astérix et Obéix est, à l'instar du précédent, extrêmement volatile. La preuve ? Je l'ai lu hier et j'ai déjà dû faire un effort de mémoire pour écrire ces lignes (et ce n'est pas une blague !).
    Banal, prévisible, insipide, "vaudevillesque" : aucune aventure ici mais une succession de scènes qui jouent sur un humour très moyen et fort répétitif dans un cadre plutôt restreint : le village, un peu de forêt (si peu) et le sempiternel navire des pirates qui se trouve à quelques encablures du rivage. C'est tout. Les romains sont étonnements peu présent et sans intérêt, l'histoire très mince (Adrénaline, fille de vous-savez-qui, ado forcément rebelle qui est menacée par un agent de Rome et refuse d'être utilisée comme symbole par une bande de gaulois arvernes radicaux et rêve de liberté... point) et les nouveaux persos secondaires sans aucun relief. Même Obélix est plus lourd que drôle, Astérix se contente d'être fonctionnel et les pirates - qui occupent nettement une plus grande place que dans les autres albums - ne gagnent pourtant pas au change, bien au contraire !

    Je finirai ce seul paragraphe (pourquoi prolonger ?) par une dernière observation qui, hélas, enterrera l'album définitivement : pour la première fois dans la reprise de la série, il y a de fortes similitudes dans le postulat entre celui-ci et un des chef-d'oeuvres de Goscinny, à savoir Astérix en Hispanie. Un(e) gosse au caractère pas facile que doivent protéger nos deux compères d'un espion/traître chargé de ramener l'enfant/ado à César : franchement, ça ne vous rappelle rien ?
    Ben oui : la savoureuse aventure (une vraie, celle-là !) avec le mémorable Soupalognon Y Crouton.
    Et de constater alors la différence éclatante entre le génie de Goscinny et l'inspiration au ras des pâquerettes du "faiseur" Jean-Yves Ferri.
    Une comparaison qui fait plus mal qu'une baffe d'Obélix !

    PS : bon, évidemment, l'album se vend déjà comme des petits pains ^^

    Ma note : Image IPB
  3. Chroniques Iniques & Apocryphes

    13 octobre 2019 - 13:23

    Nouveau sujet que je propose et dont je donne le coup d'envoi aujourd'hui : rédiger de fausses chroniques de BD bien réelles dont la rédaction est...hum... légèrement en décalage par rapport au véritable contenu de l'album.
    Je précise qu'il peut s'agir d'une BD que j'ai lue... ou pas. Connue... ou pas.
    Car comme le dit si bien un adage bien connu : "qu'importe livresse si on a le flacon"
    PS : je dédie cette première chronique à Pos Image IPB

    Aujourd'hui, commençons avec un monument :


    Image IPB

    Corto Maltese
    Tome 3 : Sous le signe du Capricorne
    Scénario : Hugo Pratt
    Dessin : Hugo Pratt
    Edition : Casterman
    Genre : toujours un peu plus loin
    Date de parution : octobre 1971

    Synopsis : Les aventures picaresques de Corto Maltese, le célèbre marin hydrophobe (mais passablement alcoolisé), vaurien toujours en quête de fortune, de belles bagarres et de donzelles à (dé)trousser, dont l'ingestion d'épinards décuple la force physique et la roublardise, et son éternel acolyte Rastaquouère le Sage.

    On ressent toujours un plaisir coupable à suivre les manigances et autres fourberies de haut vol de cet hédoniste né de Corto Maltese, de même que l'on jubile devant le festival de baffes distribuées tout au long de ses périples pour peu qu'une boîte d'épinards soit à proximité.
    L'anti-héros irrévérencieux et politiquement (très) incorrect imaginé par le grand Hugo Pratt est devenu une icône qui, certes, ne brille pas par l'éclat de son auréole mais plutôt par sa truculence et sa verve inépuisable. Pour faire contre-poids à une nature aussi exubérante qui aurait pu lasser le lecteur à force d'outrances, l'auteur a heureusement eu l'idée de lui flanquer un sidekick dont le caractère et le comportement sont diamétralement opposés. Pondéré, diplomate, philosophe autodidacte converti au bouddhisme et allergique à toute forme de violence, le moine Rastaquouère n'en finit plus de tempérer les excès (et souvent les gaffes, disons-le tout net) de son remuant compagnon de (dé)route... avec un manque flagrant de réussite le plus souvent (les stratagèmes du pauvre moine pour cacher boîtes d'épinards et bouteilles de rhum est un running-gag classique et toujours efficace de la série).
    On ne s'en plaindra pas : cela nous vaut des aventures débridées, au rythme échevelé, qui laisse peut de temps au lecteur de penser (mais c'est justement le but) et dont on ressort aussi revigoré et le coeur léger que d'un album d'Astérix (et surtout d'Obélix).

    Difficile de s'attarder aussi sur les intrigues des albums, qui ne sont souvent que des prétextes plaqués sur un vague fil conducteur, l'essentiel (et le sel) de la série étant plutôt dans ses innombrables digressions, ses chemins de traverse et, bien souvent... ses sorties de route.
    Qu'importe d'ailleurs : on ne lit pas un Corto pour son intrigue, pas plus que pour la profondeur de son propos. Tout au plus, dans ce troisième tome, pourra-t-on évoquer une histoire fortement teintée d'ésotérisme (que notre cher Corto confond avec érotisme) et d'un imbroglio identitaire où Rastaquouère prend momentanément la place et les fonctions d'un étrange astrologue new-yorkais disparu au Brésil depuis sa rencontre avec un concept si difficile à appréhender qu'il n'est même plus capable de prononcer son propre nom.
    Bref, on l'aura compris : le scénario vire au grand n'importe quoi et il faudra bien quelques boîtes d'épinards et trois bonnes doses de paillardises à Corto pour débrouiller un tel écheveau hermétique.

    Que dire enfin du style graphique du grand Hugo, si ce n'est qu'il dessine toujours aussi bien les cathédrales et la misère, les bossus et la gitane éternellement vissée aux coins des lèvres de notre marin préféré. Sa science consommée du noir et blanc fait une fois de plus merveille (particulièrement le blanc) et sa capacité à rendre le mouvement lors des nombreuses scènes de castagne n'a rien à envier au mangaka de shônen le plus chevronné.
    Bref, lisez ou relisez Sous le signe du Capricorne, un album qui est comme un coup de bélier salutaire dans une production européenne actuelle bien trop souvent consensuelle et cérébrale.

    Ma Note: Image IPB
  4. Dreamfall Chapters : Découverte Tardive

    07 octobre 2019 - 16:13

    Image IPB

    Il est très rare que je me lance dans un "nouveau" jeu (sorti en 2014 sous forme épisodique, 2017 en boîtier) sans rien savoir du tout de son contenu, sans m'être renseigné un mimimim au préalable sur le Net. Normal : vu le prix des jeux vidéo à l'état neuf, il est judicieux de savoir dans quoi on met son argent.
    Dans le cas de Dreamfall Chapters, cependant, je me suis lancé à l'aveuglette pour deux raisons : le PS Store le proposait à 5 € (au lieu de 30) et les quelques visuels me plaisaient bien.
    De même que le petit pitsch qui parlait d'un jeu dont l'univers se situait à cheval entre deux mondes très différents, le premier (Stark) futuriste et le second (Arcadia) de fantasy.
    Pour seulement 5 pépettes... why not ?

    Je viens aujourd'hui de passer plusieurs heures dessus en ayant du mal à lâcher la manette.

    Image IPB
    Le monde futuriste de Stark, anno 2220

    Image IPB
    et celui d'Arcadia



    Dreamfall Chapters est un jeu essentiellement narratif (par ailleurs très riche en dialogues) qui, à l'instar d'un Detroit, mêle le jeu d'aventure 3D avec des mécanismes de point'n'click et des choix (surtout moraux) qui influent sur l'histoire. Niveau contexte et histoire, je me suis plongé dans l'inconnu et, à l'heure actuelle, alors que j'entame le second chapitre, je ne sais toujours absolument pas de quoi il retourne ni où le jeu va m'emmener, d'autant que son scénario semble assez complexe, créant apparemment des interattractions entre des mondes mais aussi des espèces de "mondes intermédiaires", notamment une maison où vit un couple et son bébé et située "en dehors du temps et de l'espace".
    On a d'autant moins de repères que cette déclinaison PS4 semble être la suite d'un (voir plusieurs) jeux antérieurs si on en croit les nombreuses références à des événements passés et personnages déjà croisés. Malgré tout, ça ne semble pas être vraiment un problème pour jouer à celui-ci, chaque personnage possédant sa bio et son background assez bien esquissé.

    Pour le moment, la partie située dans le monde futuriste de Stark - où l'on incarne une héroïne amnésique du nom de Zoé Castillo - paraît bien plus développée que celle du monde d'héroïc-fantasy - où l'on joue un ancien soldat (Kian Alvane) qui a fait partie d'un régime simili-nazi.
    Car, aussi différents soit-ils, ces deux mondes présentent tout deux un contexte politique clairement fasciste... avec, évidemment, une résistance qui s'organise.
    Rien de bien original de ce côté-là mais le jeu m'a très vite emporté dans son récit grâce à la qualité de son écriture, les nombreux mystères qui le parsème et un gameplay au classicisme agréable qui permet de prendre directement ses marques. Autre aspect positif : le jeu prend le temps (son rythme est d'ailleurs assez lent) pour bien décrire le quotidien de Zoé, comme ses aspirations professionnels, ses rapports avec son petit ami, ses entretiens chez le psy, ses relations, tout ça encore renforcé par un journal intime qui permet de partager ses pensées.
    Du coup, on est vraiment dans la peau et la tête de la jeune femme et ça participe bien sûr à l'immersion.
    J'ai aussi trouvé intéressant le fait que, dans les choix de réponses, chaque proposition est précédée d'un commentaire du protagoniste en voix-off qui permet de bien faire comprendre le choix que le joueur fera. En effet, sur la plupart des jeux de ce genre, les indications de choix sont souvent trop vagues, voir même parfois confuses, au point que le joueur voit son personnage sortir une réplique qui n'était pas celle attendue. D'où un malentendu pénible. Rien de tel ici puisque l'on a accès aux pensées du perso avant qu'il ne prenne la parole.
    De mémoire, c'est la première fois que j'ai affaire à un jeu qui utilise cette méthode.

    Petite anecdote : le jeu n'oublie pas la carte de l'humour, malgré son contexte assez sombre.
    Je pense notamment à une mission de Zoé avec un robot (baptisé "robot de merde" en raison de son incompétence) que l'on doit amener à remplir quatre tâches très simples dans la ville mais qui n'est pas fichu d'en faire une correctement, notamment en raison d'un comportement qui tient de la névrose et de la paranoïa. C'est bien simple : on dirait Woody Allen en version droïde.
    J'ai beaucoup apprécié cette partie, vraiment cocasse, et espère qu'il y en aura d'autres de ce genre par la suite.

    Voilà tout ce que je peux dire d'un jeu que je viens seulement de commencer, qui reste un jeu assez modeste dans son budget mais qui m'a séduit pour le moment par son écriture, les nombreuses questions qu'il pose, un doublage (en anglais) de qualité et un visuel plaisant (surtout la futuriste Stark) dans un style "semi-réaliste" varié.
    Et puis... le tout pour 5 euros.
    Petit jeu, petit prix et au final une plus grande satisfaction que sur certains gros triple A ennuyeux.

    Image IPB
    Sans être une tuerie graphique, le jeu propose quelques jolis designs
  5. Joker : Critique Sans Fard

    05 octobre 2019 - 13:16

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    Veni. Vidi...
    (Bon : je suis venu, j'ai vu, j'ai été convaincu Image IPB)

    Je ne vais pas tourner autour du pot : comme sa BA le laissait déjà entrevoir (pour une fois qu'un trailer ne nous trompe pas !), Joker est une tuerie.
    Du moins, personnellement, j'ai adoré. Admiré. Frissonné. Presque pleuré à certains moments. Ce qui ne m'étais plus arrivé depuis... longtemps.
    En tant qu'oeuvre cinématographique proprement dites, le film de Todd Philips m'a semblé sans défaut majeur : réalisation, scénario, acting (oui, Joachim Phoenix livre une prestation magistrale, j'y reviendrai), musique... tout contribue à en faire un film mémorable, à fleur de peau. Une claque aussi, par son radicalisme sans concession, ses parti-pris osés, sa volonté de s'affranchir du Bat-Verse et, plus généralement, des films d'encapés qui ne sont, la plupart du temps, que des produits manufacturés par des robots, sans âme et sans propos de fond.
    Joker balaie tout ça. Notamment parce qu'il ne s'inscrit pas dans la même catégorie. Ni le même "feeling".

    En fait, Joker est un film d'un autre temps et pas seulement parce qu'il se situe au début des années 80 mais aussi et surtout parce qu'il ressemble terriblement au cinéma "engagé" de cette époque, avec une portée sociale (et contestataire) importante et le fait de se focaliser sur les petites gens, les laissés-pour-compte, les outsiders, les marginaux, les losers, les gens de la rue qui couvent leur dégoût et leur colère face un système qui a tout du compresseur à ordures.
    Un cinéma qui filme "à hauteur de rue" des gens qui galèrent pour joindre les deux bouts, pendant que les nantis passent en voitures aux vitres fumées rejoindre le confort de leur manoir ou de leur penthouse. A ce sujet, d'ailleurs, si les parents Wayne ont toujours été présentés dans les Bat-films comme des philanthropes et des "gens biens", papa Wayne est ici présenté comme un sacré connard antipathique quand même, méprisant ouvertement les gens du peuple ! Bref... Joker donne une vision inédite - celle des laissés-pour-compte - que les films Batman ne faisaient pas (excepté la série Gotham mais ne nous dispersons pas). J'ajouterais d'ailleurs - mais c'est personnel alors que les fans de Batman rangent leur Bat-flingue - que l'une des raisons pour lesquels je n'ai jamais vraiment accroché au personnage de Batman vient du fait qu'il est un nanti et que, malgré toute sa bonne volonté et son désir de justice... ben... il reste quand même un milliardaire qui n'a jamais eu de mal à boucler ses fins de mois et qui a même un majordome qui lui sers son petit déj' au lit.
    Alors oui, ses parents ont été tués, c'est terrible... mais ça arrive aussi aux pauvres que je sache, qui doivent faire... avec moins de confort.

    On a beaucoup comparé Joker à Taxi Driver et à raison : le film de Todd Philips est éminemment "scorcesien" (du moins le Scorcese des 70's) : Arthur Fleck (Joaquim Phoenix) a beaucoup de points communs avec le chauffeur de taxi incarné par De Niro... mais aussi son personnage d'humoriste raté et pathétique dans La Valse des pantins (ironie : De Niro joue dans Joker le rôle du présentateur vedette incarné alors par Jerry Lewis).
    Et c'est alors que - du moins pour ceux de ma génération - on se fait cette réflexion : "comment ce cinéma-là, un cinéma mature et signifiant, implanté dans la réalité sociale de son époque et empreint d'une verve contestataire et explosive, magnifié par des acteurs de la trempe des De Niro, Pacino (revoir Un après-midi de chien, par exemple), etc... (bon, j'en ai déjà parlé dernièrement, je ne vais pas me répéter) a t-il pu devenir, au début des années 2000, ce cinoche artificiel, aseptisé, infantile, creux, simpliste, bardé de technologie mais dénué d'âme, aux scénario plus qu'indigents et servis par des acteurs lisses et sans charisme MAIS, aussi, qui fait souvent abstraction de la réalité.
    Parce que notre société actuelle va bien mieux que celle d'il y a 40 ans ?
    (Eclats de rires dans la salle)
    Pour mieux endormir les consciences, plus probablement.
    Bien sûr, on me dira que je parle là de blockbusters (non ?) et non de films d'auteur et que, de fait, je compare ce qui ne peut être comparé, Joker ne boxant pas vraiment dans la même catégorie que Transformers ! Ok. Mais je dirais que primo, le cinéma le plus VISIBLE de notre époque est le cinoche des blockbusters et que, secundo, même les "films d'auteur" (les films-qui-sont-censé-dire-quelque-chose) sont rarement de totale réussite (Get Out, US, BlacKKKlansman).
    Et ne jouissent pas, de toute façon, de l'audience incompréhensible d'étron filmique comme Venom.
    Ce n'est pas tous les mois que sort un Parasite !
    Ni un Joker.
    Donc à la question que je me posais plus haut, la réponse pourrait être : le reflet d'une époque peut-être, justement. Et l'aboutissement d'une analyse du système que dénonçait déjà le cinéma des 70's (qui avait encore les couilles de le faire) dont Joker est le fils spirituel : "travaille, consomme et tais-toi".
    Et, en la réactualisant un peu : "et fais-toi sodomiser à sec par Disney".

    Ceci dit, il faut forcément dire quelques mots du traitement du Joker lui-même dans ce film et de sa filiation avec le Joker du Bat-Verse. Et ça sent déjà la polémique tant le Joker (alias Arthur) de Todd Philips est fort éloigné lui aussi du Joker des comics autant que celui des Batman de Burton et de Nolan (sans parler de celui des dessins animés).
    Et c'est normal.
    Joker est un drame psychologique "existentiel", psychanalytique, social, philosophique, avec une pincée de thriller, sur l'un des plus grands vilains de l'histoire des comics (le plus grand ?) qu'il utilise pour mieux le trahir.
    Et en fait, je crois que c'est dû à la différence entre un film de la "culture pop" et un film mainstream qui se soucie peu de plaire aux fans de comics et aux geeks.
    Parce que même dans le meilleur des cas (Killing Joke, The Dark Knight) et n'en déplaise aux fans de Batou, le Joker est toujours resté, au fond, un archétype de méchant assez générique - pittoresque mais générique - une Némésis à confronter au héros, et donc fatalement avec les limites propres à ce genre de statut. Tout bêtement parce que les oeuvres de la "pop culture", même quand elles se dotent d'ambitions sur le fond, ne peuvent pas s'affranchir d'un certain cahier des charges liés à l'industrie du divertissement.
    A commencer par l'action et le spectaculaire.
    Voilà qui, par exemple, peut expliquer la différence entre un (excellent, bien sûr) The Dark Knight de Christopher Nolan avec l'inoubliable Heath Ledger en Joker et Joker de Todd Philips avec un Joaquim Phoenix qui réussit bien l'exploit d'être aussi mémorable que son prédécesseur mais dans un registre fort différent, plus réaliste, la folie exubérante et dévastatrice du Joker-Ledger étant ici remplacée par la folie douloureuse et intimiste du Joker-Phoenix.
    Le Joker des comics (tout comme celui de Heath Ledger) inspire la fascination ; celui du film de Tod Philips inspire davantage la compassion et la réflexion. L'inquiétude aussi, quand même, mais diluée par l'empathie qu'on ressent pour le personnage.

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    La "transformation" (sa renaissance en fait) d'Arthur Fleck en Joker psychopathe et meurtrier dans la dernière partie du métrage a quelque chose de jouissif, comme une revanche prise sur le système créé par et pour les nantis... comme les Wayne ! Et même si le Joker reste un monstre, il n'a JAMAIS été aussi sympathique, empathique et surtout humain que celui-ci.
    De même le chaos engendré par le personnage n'est pas de la même nature que celui du Joker de The Dark Knight qui se voulait surtout "philosophique" (tendance anarcho-nihiliste) plutôt qu'une réaction au ras-le-bol social (et en passant à la fatalité génétique aussi...) comme c'est le cas pour ce Joker-ci. Pour le dire autrement, le Joker de The Dark Khnight était un peu comme un grand gosse s'amusant à tout casser pour le fun. Arthur Fleck, personnage plus réaliste, ne peut pas s'offrir le luxe de faire de Gotham sa cour de récréation.
    Le réalisateur ne cache d'ailleurs pas ses sympathies, quitte à être taxé de "populiste", allant jusqu'à faire de Joker une figure emblématique d'un mouvement de contestation violent qui mènera des manifestants arborant des masques de clown à descendre dans la rue pour incendier des voitures et jouer la partition du "grand jour du dernier soir".
    Et même si Joker se sent un peu à l'écart de toute cette explosion militantiste qu'il a initié bien malgré lui (lui, au fond, ne voulait que faire rire les gens pour rendre le monde un peu plus supportable), il y voit aussi le reflet de sa propre condition de marginal ayant subi toutes les brimades et toutes les humiliations possibles. Et d'un système qui nous demande malgré tout de sourire. "N'oublie pas ton sourire pour ce soir si tu sors : un jury t'attend, n'injurie pas le sort" (dixit Noir Désir)
    De même qu'une manière de trouver cette reconnaissance du public à laquelle il aspire tant, même si... ce public est une bande de casseurs.

    Pour terminer, il faut évidemment dire quelques mots de la prestation de Joaquim Phoenix, un acteur finalement assez peu familier du grand public (à part Gladiator, il n'a joué que dans des films plutôt confidentiels) qui est ici tout simplement magnifique. Tout le film repose sur ses (maigres) épaules, étant présent dans chaque scène, dans un rôle très complexe qui aurait pu vite sombrer dans le cabotinage, l'outrance, voir le ridicule mais l'acteur réussi - dans un registre d'ailleurs plus difficile que celui d'un Heath Ledger - de se tenir constamment sur un fil entre le pauvre type pitoyable que l'on ne peut s'empêcher de plaindre et le dangereux tueur que l'on craint forcément. Le visage de l'acteur, contracté par ce rire - et quel rire ! un rire de hyène ! - qui exprime toute sa souffrance d'individu psychotique et pourtant lucide en même temps, un visage qui remplit l'écran comme un paysage lunaire - creusé sans maquillage et lisse avec - qui restera forcément dans les mémoires.
    Et même si, entre les deux et autour d'une dernière partie à l'odeur de cocktail-molotov, on assiste aussi à un Joker qui sait se montrer impressionnant de maîtrise et de charisme.
    Autant de facettes...
    Si le rire d'Arthur est une maladie, celui du Joker en sera l'antidote. Et si Arthur ne pouvait contrôler le sien, Joker lui en sera le maître, l'expression même de sa renaissance et de sa psychopathie criminelle libératrice.




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