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Phileas

La BDtheque de 1001BD : John Lord : Bêtes Sauvages

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John Lord : Bêtes Sauvages

Scénario : Denis-Pierre Filippi
Dessin : Patrick Laumont
Couleurs : Sebastien Gerard
Editeur : Les Humanoïdes Associés
Date de parution : 2004 -2011 (2012 pour l'intégrale)
Genre : policier/thriller/étrange

Synopsis : Lorsque John Lord revient à New-York, la Grande Guerre vient de s'achever, son ami Winkley vient de mourir et le service d'enquête qu'ils avaient créé et dont ils faisaient tous deux partie a été dissout en son absence. Clara Summers, étudiante en psychologie et maîtresse du défunt Winkley va le persuader de s'associer avec elle pour découvrir la vérité. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que cette enquête va les entraîner sur la piste d'autres meurtres terriblement sanglants, liés entre eux par un secret dont nul ne pourra sortir indemne.

Triptyque ! Encore un triptyque qui mérite d'être (re)découvert et qui figure en tout cas parmi mes préférés avec quelques autres trilogies favorites comme Horacio d'Alba, Le Codex Angélique, L'Esprit de Warren ou Cromwell Stone.
John Lord ne bénéfice pas, hélas, de la même visibilité que ces derniers (certes, il n'en a pas tout à fait l'excellence non plus) et rejoindrait plutôt le bataillon des trilo inconnues comme Le Tombeau d'Alexandre, Le Manuscrit Interdit ou Providence d'Alan Moore. Qu'à cela ne tienne : je suis toujours disposé - tel un Michel Drucker bédéphile (!) - a ressortir des vieux fourneaux quelques oeuvres boudées du public. Comme de juste, il semble évident que ces trois tomes de John Lord devaient constituer le début d'une série si l'on en croit la mention "fin de l'enquête" en conclusion de la dernière planche et... certains détails entourant le héros demeurés dans l'ombre, gardant ainsi à jamais son mystère.
Reste donc, heureusement, ce qu'il convient donc d'appeler du coup un triptyque qui ne manque pas de qualités, ni au niveau d'un scénario excellent, ni au niveau d'un dessin en couleurs directs aux allures de peintures, même si le tome 3 souffre à ce sujet d'un mélange bizarre de ce procédé avec le dessin encré plus classique, cette dichotomie passant parfois carrément d'une case à l'autre donnant à ce tome conclusif un aspect dépareillé dommageable... qui explique peut-être en partie l'échec de cette BD, surtout si l'on ajoute que ce dernier tome est paru 5 ans (!) après le précédent. De quoi décourager les lecteurs définitivement.
Personnellement, d'ailleurs, c'est grâce à l'édition d'une intégrale que j'ai pu découvrir et lire dans de meilleures conditions cette BD qui fut une bonne surprise.

Mais fi ! des préambules : John Lord : Bêtes Sauvages, c'est quoi et ça parle de quoi au juste, tonton Phil ? Hé bien, mes chers neveux, il s'agit d'une enquête criminelle bien singulière à la lisière du fantastique - mais qui n'en est pas - autant dans son ambiance que dans la nature particulière du criminel. On est en 1918 et, déjà, on retrouve cette atmosphère à laquelle je suis toujours réceptif - parce qu'elle me rappelle mes lectures de Lovecraft - où se mêle le New-York (avec un détour magnifique par la Louisiane) des années 20 (on ne va pas chipoter pour deux ans), le duo d'enquêteur, des meurtres en série de vieux professeurs, au modus operandi aussi étrange qu'inquiétant, les recherches dans de vieilles bibliothèques ou dans des asiles d'aliénés à l'ambiance oppressante, quelques gangsters en fond et, en flash-backs - récurrents et très nombreux - une tragédie maritime qui se révélera être à la source de tout. Bref, oui, ça me rappelle vraiment certaines lectures lovecraftiennes - notamment L'Appel de Chtulhu - et certaines séances mémorables du jeu de rôle éponyme. Sauf que, comme déjà mentionné, le scénariste refuse ici le recours au fantastique, au surnaturel ou à la proto-science-fiction, toujours un peu facile si on veut sortir des sentiers battus de l'enquête policière.
Non, cette histoire - complexe, riche, sinueuse, aux multiples ramifications, qui demandera des trésors de réflexion, d'expérience et de ténacité à l'enquêteur chevronné John Lord - spécialiste des cas relevant de la psychopathologie - flanqué de Clara Summers, "l'amie d'un des professeurs assassinés", plus néophyte et - c'est un peu le défaut crispant de cette BD - passablement "casse-couilles" si vous me prêtez l'expression. Car les tensions mises en avant entre les deux investigateurs - qui partent d'une bonne intention au départ de mettre un peu de piment dans leur relation - devient très vite une sorte de jeu en forme de taquineries (l'amour n'est pas loin, of course ^^) mais aussi, hélas, de récriminations à répétition vraiment pénible de la part de la donzelle avec ces "mais John, croyez -vous que ce soit vraiment une bonne idée de...". Jouant un peu la Scully de service face à un Mulder qui a davantage des allures de détective cynique chandlerien, ce n'est pas l'aspect le plus réussi de cette BD. Heureusement, il y a tout le reste...

Et le reste, c'est une histoire que je trouve vraiment prenante mais également fascinante, une enquête dense et qui demande une certaine attention de lecture pour bien en saisir tous les tenants et aboutissants, pleines de révélations, qui suit par des chemins détournés le parcours tortueux d'un tueur dont l’histoire personnelle - ô combien douloureuse - et ses raisons d'agir sont en fait encore plus intéressantes (la pierre de voûte de la construction en fait) que les détails de la progression de l'enquête elle-même. Car loin d'être une simple enquête policière procédurale et routinière comme tant d'autres, John Lord trouve son véritable propos dans la psyché humaine, dans sa brutalité, sa barbarie et ses déviances. Et la loi universelle bien connue selon laquelle les victimes font toujours les meilleurs bourreaux, dans le cycle infernal de la souffrance faites à autrui.
Graphiquement, comme je l'ai dit, le dessinateur travaille en couleurs directes et fait oeuvre de peintre - avec ce que cela sous-tend souvent de "flou artistique", entendez par là quelques manques de détails et des approximations dans les physionomies qui ne sont jamais tout à fait les mêmes d'une case à l'autre. 
C'est un style qu'il faut accepter et, dans l'ensemble, les planches sont fort jolies, notamment grâce à ce travail sur la couleur et les éclairages. 
Le dernier tome, comme je n'ai aussi mentionné, décontenance un peu plus par son mélange de deux styles graphiques : du coup, dans le style "classique" d'un dessin encré (qui donne un peu l'impression d'être le fait d'un autre dessinateur), les cases sont nettement plus détaillées et fouillées - personnages et décors - mais plus convenues et moins "arty', tandis que le style peinture conserve lui, à l'instar des deux premiers opus, ses qualités et ses défauts.
Mais je dois dire que, de mon point de vue, le scénario et l'ambiance générale m'ont suffisamment plu pour que je passe assez facilement sur cette curieuse "schizophrénie graphique" de ce tome conclusif.
Bref, une BD méconnue, qui a souffert de pas mal de problèmes (manque de succès, de visibilité, laps de temps préjudiciable de 5 ans entre deux albums, déparaillage graphique étrange sur la fin) mais qui garde fort heureusement un scénario cohérent jusqu'au bout.
Dommage que l'aventure se soit arrêtée en si bon chemin.

Note :  4.0.png.3ebbf3fff7a447366433d1838216bfc8.png

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Et j'aime donner l'envie d'avoir envie (comme dirait l'autre...) 🙂

Il y a en fait pas mal de BD de qualité qui sont passées sous le radar du public, ou délaissées pas forcément pour de bonnes raisons.
Cette catégorie "LaBDtheque de 1001BD" (j'ai oublié de mettre la mention d'ailleurs) m'en donne l'occasion.

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il y a 26 minutes, Phileas a dit :

Et j'aime donner l'envie d'avoir envie (comme dirait l'autre...)

Quitte à citer un belge , j'aurai préféré Brel quand même ! On peut pas dire que Johnny (qui n'écrivait pas ses textes en plus) était un chantre du français ! Mais un très grand chanteur c'est vrai .

Ce plat pays qui est le tien , avec son ciel si bas .... et oui c'est comme ça "chez ces gens là" 😉

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il y a 19 minutes, Kevin Nivek a dit :

Quitte à citer un belge , j'aurai préféré Brel quand même !

Ah ben moi aussi, tu sais, fieu ! 😉
Brel, c'est quand même plus mon style de chanteur (ET compositeur) que Johnny Ahque ! (Aqueux ?)
Mais il faut encore que la citation corresponde.
Avec Brel, ce serait plutôt "Rêver un impossible rêve" 🙂
 

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Moi ce qui m'enerve avec cette "bdtheque" c'est qu'elle em coute un bras. Encoire une belle decouverte en perspective 🙂

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il y a une heure, poseidon2 a dit :

Moi ce qui m'enerve avec cette "bdtheque" c'est qu'elle em coute un bras. Encoire une belle decouverte en perspective 🙂

C'est ma faute, j'avoue, vu que je présente toujours des BD peu connues 😉 et j'le fais même pas exprès.
Enfin... si, un peu quand même 😏 

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